Le film Métisses, "Cinq femmes contre un crime d’état", réalisé par Quentin Noirfalisse & Jean-Charles Mbotti Malolo raconte le combat judiciaire de cinq dames mais aussi leur enfance, notamment à travers des séquences en animation : Léa, Noëlle, Monique, Simone et Marie-José sont nées au Congo, d’une mère noire et d’un père blanc. Alors qu’elles avaient entre 2 et 5 ans, elles ont été enlevées à leur maman par l’État colonial belge, dans le cadre d’une politique systématique de ségrégation raciale.
Ce documentaire raconte, en animation, leurs souvenirs d’enfance et leur trauma et relate, en prises de vues réelles, le procès qu’elles ont intenté à la Belgique pour crime contre l’humanité.
Communiqué de presse – Métisses, cinq femmes contre un crime d’État
Dossier métisses : La cour de Cassation rejette le pourvoi de l’État belge qui est définitivement condamné pour crimes contre l’humanité
Bruxelles, le 2 juin 2026
Il y a près de 8 ans, Léa Tavares Mujinga, Monique Bitu Bingi, Noëlle Verbeken, Simone Ngalula et Marie-José Loshi ont décidé de porter plainte contre l’État belge pour les crimes qu’elles ont subis pendant leur enfance. Alors qu’elles avaient entre 2 et 6 ans, l’État belge les a fait enlever à leur maman congolaise, uniquement parce qu’elles étaient métisses, nées d’un père blanc et d’une mère noire. Leur identité a été changée, on leur a dit que leur père était inconnu et les liens avec la famille de leur mère ont été coupés. Placées dans une institution religieuse, à Katende, au Kasaï, elles ont grandi sans soins suffisants, avant d’être abandonnées en 1960, à l’indépendance du Congo, dans un contexte de guerre civile, par leur « tuteur », l’État.
Le 2 décembre 2024, après qu’elles aient perdu en première instance, elles ont obtenu gain de cause auprès de la Cour d’appel de Bruxelles, qui a estimé dans un arrêt historique qu’elles avaient bien été victime d’un crime contre l’humanité. La cour s’est notamment référée à la jurisprudence de Nuremberg, tribunal dont la Belgique était partie prenante, et qui a condamné des crimes similaires commis dans l’Allemagne nazie, sur des enfants de descendance mixtes germano-polonaises. Les cinq appelantes ont reçu 50.000 euros de dédommagements, ainsi que des intérêts compensatoires supplémentaires.
Suite à l’arrêt, l’État belge s’était pourvu en cassation. Le 22 mai 2026, la Cour de cassation s’est réunie à Bruxelles et a décidé de rejeter le pourvoi de l’État belge.
L’arrêt de grande importance marque la réussite définitive du long combat judiciaire de Monique, Léa, Noëlle, Simone et Marie-José. Il va également faire jurisprudence pour les autres métis et métisses encore vivants et victimes de cette politique de ségrégation et de discrimination systématique et d’enlèvements forcés perpétrée par l’État belge pendant une très bonne partie de la colonisation, justifiée par des théories racialistes inacceptables de la part d’un État de droit et par une crainte fantasmatique de « révoltes » orchestrées par les métis .
Protagonistes du film, Métisses, cinq femmes contre un crime d’État, elles ont tenu à réagir à cette décision, ainsi que leurs avocates :
« Aujourd’hui la justice a parlé et notre histoire est enfin reconnue et révélée au grand public. Cette décision restaure notre dignité et nous fait un bien inexprimable.Après huit années de combat, accompagnées sans relâche par nos avocats.e, nous sommes enfin arrivées au terme de cette épreuve. Nous avons enfin le sentiment d’avoir été entendue, comprise et reconnue dans ce que nous avons vécu et dans ce que nous sommes », déclarent-elles.
« Cette reconnaissance nous libère d’un poids émotionnel porté sur plusieurs générations. C’est une forme d’apaisement, non seulement pour nous, mais aussi pour nos mères, premières victimes de ce drame, qui peuvent désormais reposer en paix. Et c’est également essentiel pour nos enfants, qui pourront désormais avancer plus librement, libérés de ces mémoires familiales marquées par la souffrance et les non-dits. »
Leurs avocates Michèle Hirsch et Jehosheba Bennett ont tenu chacune à souligner la portée historique mais aussi réparatrice et jurisprudentielle de l’arrêt.
« C’est une superbe victoire, la Belgique s’illustre par son pouvoir judiciaire, souligne Maître Bennett. Le travail de reconnaissance et de réparation qui a été enclenché avec cette jurisprudence n’est qu’un début mais il présage de belles choses pour l’avenir. Les réparations peuvent faire référence à beaucoup de choses diverses mais on ne pourra jamais faire l’impasse sur la reconnaissance officielle (qu’elle soit législative ou judiciaire) et le dédommagement des personnes victimes. Il est temps de regarder en face le passé et de se démarquer des horreurs qui ont été commises au cours de la colonisation, afin de garantir que l’histoire ne se répète pas. »
Maître Hirsch a tenu elle à souligner la ténacité de Léa, Noëlle, Marie-José, Monique et Simone, et le besoin pour l’État belge d’adopter une loi de réparation afin de réparer pleinement tous les métis.sesvictimes de la politique ségrégationniste instaurée par les Belges au Congo.
« Justice a été rendue. Je dois dire que comme avocat et comme citoyenne je suis émue, reconnaissante et fière de la justice de mon pays. Je veux dire aussi mon admiration pour cinq dames extraordinaires de dignité et de courage que j’ai le bonheur de connaître et qui ont eu la force de mener ce combat pour elles, pour leurs enfants et pour la justice. Elles sont les premières victimes reconnues du crime contre l’humanité commis par l’État belge durant la colonisation à l’égard des enfants métis. L’arrêt de la Cour d’appel de Bruxelles qui nomme le crime et qui condamne l’État à indemniser nos clientes s’inscrit dans l’Histoire et dans la jurisprudence contemporaine de l’humanité. Cet arrêt constitue aussi un message fort pour tous les enfants qui, comme nos clientes, ont été victimes de la même politique raciale de la Belgique à l’égard des métis. La parole est maintenant à l’Etat belge. J’espère que cette jurisprudence de Bruxelles d’aujourd’hui conduira le législateur à adopter rapidement une loi de réparation juste et digne pour tous les métis.ses de Belgique et du Congo, arrachés de force à leur mère et victimes de la politique raciale la Belgique. »
L’État belge n’a pas encore réagi officiellement au rejet de son pourvoi par la Cour de cassation.
Autant les décisions de la Cour d’appel que celle de cassation seront durablement scrutées dans d’autres pays, comme les Pays-Bas, la France ou le Royaume-Uni, où des politiques de ségrégation des enfants et adultes métis ont été instaurées sur des prémisses racistes similaires.
Une diffusion est prévue sur la RTBF