Coup de coeur
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Coup de coeurEMPTIES

Jan Sverak (Tchéquie 2008 - distributeur : Benelux Film Distributors)

Zdenak Sverak, Tatiana Vilhelmova

103 min.
2 juillet 2008
EMPTIES

Au cours de son existence, l’être humain ne possède qu’une seule certitude : celle de sa mort.

L’incertitude c’est le ou les chemins qu’il choisira d’emprunter pour mener à terme son parcours de vie.

Celui de Josef est déjà bien entamé - les 65 coups viennent de sonner à l’horloge - mais le gaillard ne compte pas endosser l’habit du "petit vieux convenable".

Il veut continuer à ressentir, aimer, fantasmer, travailler, être attentif aux autres. Et surtout utiliser ce qu’il a appris pour tendre la main, avec discrétion, humour et coquetterie, à ceux qui ont besoin d’être écoutés, soutenus, aidés.

Filmé avec une générosité ludique, « Empties » est une histoire tendre, attachante sur des êtres un peu dépassés par une Tchéquie en pleine transformation et soucieux de ne pas blesser leurs proches tout en ne cédant pas sur leurs caprices libertins.

Les scènes sont écrites et jouées avec une simplicité qui va droit au cœur et donnent à ceux qui, l’âge venant, connaissent la valeur d’un couple soudé malgré les turbulences sentimentales traversées, quelques jolis moments d’émotion.

Josef séduit parce qu’il sait être à la fois coquin et bon, égoïste et solidaire, proche et différent d’une épouse plus collée aux réalités du quotidien.

Il a non seulement compris que l’équation sénilité = tranquillité est annonciatrice d’une vie monotone mais il a l’audace de refuser toute occupation qui le rend malheureux.

Belle et excentrique leçon de vie dont le DVD quand il sortira sera à ranger à côté des réflexions sur le bonheur de Cicéron ou de Madame du Châtelet.

« Empties » (*) est le troisième opus d’une trilogie entamée en 1991 ( « The elementary school »), poursuivie en 1996 [ « Kolya » (**)] par un cinéaste intéressé par les relations que les hommes entretiennent avec l’autre sexe et les enfants.

Il a choisi de prendre dans le rôle de Josef son propre père, Zdenak Sverak (***). Proximité affective qui n’est sans doute pas étrangère au bien-être que ressent le spectateur tout au long de la projection.

Bien-être dont il sort, un œil riant, un autre pleurant.

Bien-être qui indique une voie pour, quand la retraite sonne(ra), éviter de vivre « empty » : « aller au bout du monde pour un peu d’amour » (****)

La Tchéquie réserve aux cinéphiles des surprises de qualité en cette année 2008. Après le retour en majesté de Jiri Menzel avec « I served the King of England », voici un film dont le charme est aussi nourri d’amertume.

Dans un esprit tragi-comique qui rappelle, en version soft, celui de Milos Forman d’avant l’exil américain. (m.c.a)

(*) Traduction anglaise du titre originel "Vratné lahve" ou en français " Vidanges consignées" qui font écho au film "Vidanges perdues" de Geoffrey Enthoven sur un octogénaire qu’une opiniâtreté alerte va sauver de la déprime.
(**) Oscar 1997 du meilleur film étranger
(***) Célèbre acteur tchèque et scénariste qui est de presque toutes les aventures cinématographiques de son fils Jan
(****) Vers tiré d’un poème de Jaroslav Vrchlicky