Une fois n’est pas coutume, le Centre du Film sur l’Art s’arrête un instant sur un seul artiste, et pas des moindres : Jean-Auguste-Dominique Ingres.
Pourquoi lui ? Parce qu’il est au cœur des deux films présentés à Liège ce mois de juin.
Si l’artiste est mort depuis longtemps, il se pourrait bien qu’il ait encore des choses à nous dire… et plus précisément sur certaines manières de regarder, de composer, ou même de tordre le réel.
C’est aussi l’occasion de pousser la porte des musées bruxellois pour (re)découvrir ses œuvres, et de se rendre à Liège pour contempler son célèbre portrait de Napoléon. Vous pourrez voir comment le pouvoir se met en scène, comment une figure historique peut être transformée en icône, jusqu’à perdre toute dimension humaine. Cela vous rappelle quelque chose, peut-être ?
Ce focus sur un seul artiste ne doit pas faire oublier que de nombreux autres films vous attendent sur la plateforme du Centre du Film sur l’Art, en location ou via abonnement (à partir de 50 € par an).
Bonnes découvertes à toustes.
17/06
Le regard captif : Le Bain turc
par Alain Jaubert /29’/ 1991
Le Bain turc d’Ingres ne raconte pas une scène, mais organise un espace du regard. Dans cette composition circulaire, les corps féminins deviennent des motifs plastiques, pris dans un jeu de courbes et de rythmes.
L’image construit un Orient imaginaire, clos et intemporel, où le récit disparaît au profit d’une pure circulation visuelle. Entre sensualité et contrôle formel, le tableau transforme le corps en langage pictural.
• Où ? Grand Curtius (Cinémusée) - Féronstrée 136, 4000 Liège
• Quand ? Le mercredi 17 juin à 12h30
• P.A.F : 3€
17/06
Ingres, Portraits
par Hector Obalk /26’/ 2009
Un film d’analyse sur les portraits du peintre Jean Auguste Dominique Ingres. Avec verve et passion, Hector Obalk (critique d’art et cinéaste) examine les détails, les lumières, les proportions, les distorsions et les singularités des portraits d’Ingres — révélant la beauté, la complexité et parfois l’étrangeté de ces œuvres dites classiques.
• Où ? Grand Curtius (Cinémusée) - Féronstrée 136, 4000 Liège
• Quand ? Le mercredi 17 juin à 12h30
• P.A.F : 3€
Un peu plus sur Ingres...
Autoportrait à vingt-quatre ans (1804) Chantilly, musée Condé.
Jean-Auguste-Dominique Ingres naît le 29 août 1780, à Montauban, en France. Fils d’un artiste, il entre à l’académie des Beaux-Arts de Toulouse en 1791. Il y remporte une série de succès et un certificat qui lui permet de pénétrer, une fois à Paris, en 1797, dans l’atelier de Jacques-Louis David,
considéré comme le chef de file du mouvement néo-classique.
Dans sa jeunesse, il est fasciné par l’archaïsme et l’Orient, à contre-courant de l’enseignement de Jacques-Louis David.
Parallèlement à la peinture, il excelle aussi dans la musique, avec comme professeur le violoniste Lejeune, et il deviendra même second violon à l’Orchestre du Capitole de Toulouse, d’où l’expression « avoir son violon d’Ingres » !
Durant les quatre-vingt-sept années de sa vie, Ingres fit évoluer sa manière à plusieurs reprises, mais ses nus demeurent immédiatement reconnaissables. Entre rigueur néoclassique et sensualité assumée, il développe un vocabulaire formel singulier : lignes serpentines, anatomies étirées, surfaces lisses et fascination récurrente pour le corps féminin vu de dos.
Dans La Grande Odalisque, cette recherche atteint un degré vertigineux. Le dos s’allonge, le bassin se déploie, les proportions se dérobent à toute vraisemblance anatomique. Les historiens de l’art ont souvent relevé l’ajout imaginaire de plusieurs vertèbres afin d’obtenir cette silhouette irréelle. Mais l’enjeu n’est peut-être pas l’erreur anatomique : il réside dans le fait qu’Ingres préfère la cohérence de son désir de peintre à celle du corps réel.
La Grande Odalisque (1814)
Department of Paintings of the Louvre. Room 702.
Vue aujourd’hui, l’œuvre invite aussi à une lecture plus critique. L’odalisque n’est pas un individu mais une figure construite pour le regard. Son corps est remodelé, idéalisé, rendu disponible à la contemplation. Bien avant les filtres numériques et les standards diffusés par les réseaux sociaux, la peinture participait déjà à la fabrication d’images féminines impossibles, auxquelles aucune femme réelle ne pouvait véritablement correspondre.
Ce qui fascine dans le tableau tient peut-être à cette tension persistante : il est à la fois un chef-d’œuvre de la peinture occidentale et le témoignage d’une longue histoire de la mise en scène du corps féminin par le regard masculin.
Et maintenant, vous voulez voir cela de vos propres yeux ? Bonne nouvelle, quelques œuvres d’Ingres se trouve aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique !
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