Du 20 au 28 juin 2026, Bologne accueille la 40e édition du festival Il Cinema ritrovato. Cette édition, dédiée à Goffredo Fofi, Béla Tarr et Marjane Satrapi, s’annonce exceptionnelle à plus d’un titre : hormis le chiffre rond et mâture de cette année, le festival propose un grand écart entre deux signes forts, que les curateurs interprètent comme extrêmes et contradictoires : X pour le monde de l’engagement, une tradition de lutte profondément ancrée dans la Bologne rouge des travailleurs et des étudiants, L pour la légèreté et le côté pétillant doux et divertissant de la programmation. Programmation qui poursuit le même objectif depuis 1986 : montrer tout ce qui ne se voyait pas, ces films dont on avait entendu parler mais qui étaient invisibles (Gian Luca Farinelli, Il manifesto, 19 juin 2026).
Pendant neuf jours, la cité émilienne nous emmène au travers des 500 films répartis en 8 salles de la ville, dans un entêtant tourbillon au centre duquel se trouvent la Cineteca et son laboratoire de restauration unique au monde. La continuité et la ténacité des directeurs du Festival ont permis de montrer, à un public chaque année plus nombreux et éclectique, des trésors cachés de la Cineteca de Bologne comme Il Gattopardo de Visconti, restauré par le laboratoire l’Immagine ritrovata.
De la "machine du temps " à la "machine de l’espace"
En 2001, l’arrivée de Peter von Bagh comme directeur marque un tournant dans la conception du Festival en dépassant les limites du cinéma européen et américain. Désormais, le Cinema ritrovato donne à voir non plus seulement un cinéma à retrouver dans le temps mais aussi dans l’espace. Ce qui frappe aujourd’hui est la diversité et la créativité de la programmation bolognaise, peut-être due à la direction a huit mains des curateurs du Festival depuis 2018 : Cecilia Cenciarelli, Gian Luca Farinelli (qui organisait, il y a 40 ans, la première édition du festival avec Nicola Mazzanti), Ehsan Khoshbakht et Mariane Lewinsky. Chacun dirige une section à laquelle est imprimée une direction particulière. Ainsi, grâce à Ehsan Khoshbakht, réalisateur de Celluloïd Underground en 2023, est projeté Dayereh-ye Mina (Le Cycle), de Dariush Mehrjui, démontrant que la conservation peut-être être révolutionnaire. C’est dans cette même section du "Cinema Libero" qu’est intégré le travail d’Agnès Varda. Alors que l’œuvre de cette inclassable iconoclaste est reconnu comme une contribution majeure à la Nouvelle vague, une exposition accueillie à la Galleria Modernissimo lui est consacrée.
Avec une version étendue en amont et en aval du Festival proprement dit pendant laquelle le public peut acheter un ticket à la pièce pour les films de son choix, l’édition 2026 confirme l’ouverture qui caractérise l’événement qui se tient au début de l’été depuis 1994. Le Cinema ritrovato est ainsi devenu non plus seulement le rendez-vous des académiques et professionnels du cinéma mais aussi des passionnés cinéphiles et amateurs de tous bords, toutes générations confondues.
Anna-Maria Vileno