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BEFORE THE FROST

Michael Noer

Jesper Christensen, Clara Rosager, Ghita Nørby, Magnus Krepper, Rasmus Hammerich

104 min.
8 janvier 2020
BEFORE THE FROST

Dans un passé non précisé, mais datable facilement par les débuts de l’industrie de la betterave sucrière au début du 19ème siècle, une ferme danoise lutte contre un contexte défavorable et la perspective de la misère…

Ce 5ème long-métrage de fiction de Michael Noer aurait pu sans mal donner lieu à une « modernisation », tant les problèmes de l’agriculture paraissent récurrents : difficultés des petites exploitations face aux propriétaires importants, incapacité à financer des changements essentiels… Mais même si Noer a un riche passé de documentariste, son propos, cette fois, est ailleurs : ce sont les personnages qui sont au centre de ses préoccupations, et il en fait un portrait d’une telle noirceur qu’on se prend parfois à penser à La terre de Zola. Le regard qu’il jette sur la paysannerie est sans indulgence : l’âpreté au gain régit l’existence, elle excuse le rejet de la parole donnée, voire la trahison. Les marchandages sont sordides, le crime fait partie des options pour atteindre ses objectifs, le mariage est une transaction parmi d’autres. Noer, pourtant, ne caricature jamais : il n’y a aucun manichéisme dans ses personnages, le vrai coupable c’est la dureté de la vie.

Le village danois a un arbitre, on pourrait même dire un maître : l’ecclésiastique, qui gère sa paroisse et lui impose ses lois. La façon dont l’église est hiérarchisée est d’une rigueur dictatoriale, les fidèles s’ordonnent selon leur état de fortune, et pour Jens (le personnage central) devoir reculer d’un banc dans la nef est une humiliation insupportable.

Tout cela est brillamment filmé : les gros plans qui composent la séquence d’ouverture nous font comprendre d’emblée qu’un chef-opérateur de grand talent est à l’œuvre. La reconstitution d’époque est remarquable, et suffisamment discrète pour éliminer toute accusation d’académisme. Prix spécial du jury au festival de Tokyo (l’un des plus importants du continent asiatique), Before the frost est une jolie réussite dont la modestie ne devrait décourager aucun amateur du vrai cinéma.

C.C.