Sorties de la semaine
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REY

Niles Atallah

Rodrigo Lisboa, Claudio Riveros

90 min.
11 septembre 2019
REY

« Rey » est l’histoire d’un avocat français qui rêvait de devenir roi de Patagonie. Cela pourrait être le début d’un conte de fées, mais l’histoire réelle, que le réalisateur Niles Atallah a découvert, peut se résumer ainsi :

En 1858, Orllie Antoine de Tounens laisse son Périgord natal et part seul au Chili afin d’y établir un royaume en Auricanie, région mapuche indépendante. Deux ans plus tard, de retour sur place, il se fait élire roi par les chefs mapuche et signe la déclaration d’indépendance de l’Auricanie. Il est vite appréhendé et emprisonné par le gouvernement chilien qui cherchait à conquérir la région. Exilé, il passera le reste de sa vie à essayer d’y retourner, mais ne parviendra jamais à défendre et à faire reconnaître le royaume qu’il revendiquait.

Après avoir découvert cet incroyable récit, Niles Atallah entreprend des recherches pour en connaître la teneur historique. Entre lacunes et versions contradictoires, le réalisateur explique, qu’il s’est retrouvé comme face à une scène de crime dont il fallait assembler les preuves pour recomposer une possible réalité. Les archives dont il disposait semblaient enfouies sous des couches de mythes et de légendes, mais il y avait là suffisamment de preuves réelles de ce roi énigmatique et de son royaume d’Auricanie et de Patagonie pour les empêcher de tomber dans l’oubli total. Sachant qu’il ne pourrait dépeindre qu’une vision fragmentaire des frasques mégalomanes de cet individu étonnant, Niles Atallah désirait provoquer chez le spectateur une expérience semblable à celle des souvenirs qui s’effacent et deviennent fantomatiques. « Rey » est un voyage dans le domaine des rêves oubliés et des souvenirs malléables.

La facture expérimentale de ce film ovni concorde à nous faire ressentir ce sentiment d’étrangeté face à un récit incohérent, où l’imaginaire vient combler les zones d’ombres de la réalité. D’une part, pour les scènes du procès, le réalisateur a mis une masque en papier mâché aux différents acteurs, donnant l’impression de quelque chose de faux et de figé. D’autre part, les scènes où Antoine de Tounens s’aventure sur les terres chiliennes ont été tournées en 16 mm, pellicule qu’il a enterrée et déterrée à différents stades de décomposition. Au fur et à mesure que l’on avance dans le récit, les souvenirs s’altèrent davantage et cela se produit physiquement à l’image. Une explosion de taches et de griffes viennent transformer ce que l’on prenait pour vrai, le rendant fantastique et un peu magique.

Au-delà du récit d’un mégalomane excentrique, Niles Atallah met en avant une autre dimension. L’histoire vue par les mapuche, car, pour reprendre les mots du réalisateur, « Antoine de Tounens, par sa tentative d’État Amérindien indépendant en Amérique du Sud, touche aux mythes fondateurs de deux puissantes républiques d’Amérique du Sud (le Chili et l’Argentine) et cela n’est jamais bon… Aujourd’hui encore, la cause du peuple Mapuche gêne et ennuie ces autorités. Il fallait donc qu’Antoine de Tounens tombe dans les oubliettes de l’Histoire. »

« Rey » est aussi le rêve d’une révolution d’indépendance d’un territoire autochtone.

Luz