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DER GOLDENE HANDSCHUH (THE GOLDEN GLOVE)

Fatih Akin

Jonas Dassler, Margarethe Tiesel, Katja Studt, Marina Etner-Acheampong

115 min.
31 décembre 2019
DER GOLDENE HANDSCHUH (THE GOLDEN GLOVE)

Flirtant allègrement avec le film de genre, « The Golden Glove » est l’adaptation du roman éponyme de Heinz Strunk, lequel s’inspire de faits tristement réels puisqu’il retrace le parcours pour le moins nauséabond de Fritz Honka, tueur en série au faciès bien peu amène (pour ne point dire répugnant), qui sévit au début des années 70 à Hambourg et auquel on attribue au moins quatre meurtres. Ses victimes étaient des prostituées âgées qu’il massacrait avec une inqualifiable sauvagerie dans son appartement, lieu où il conservait également les restes… L’histoire raconte d’ailleurs qu’il les aspergeait abondamment d’eau de Cologne afin de camoufler au mieux les odeurs de putréfaction. Dans le film, l’eau de Cologne est remplacée par une kyrielle d’arbres magiques suspendus au plafond de l’appartement, ce qui, bien évidemment est à la mesure esthétique du héros.

Le film n’épargne au spectateur aucun détail sordide, et tout concourt, avec une redoutable efficacité, à susciter le dégoût, allant même jusqu’à suggérer les odeurs. Caractériologie des personnages, maquillage, costumes, décors… absolument tout est à la hauteur du propos, lequel ne sera évidemment point du goût de tout le monde. (Âmes sensibles s’abstenir !)

Cependant, au-delà des crimes monstrueux perpétrés par le protagoniste et de leur caractère horrifique, le film est aussi une minutieuse chronique, quasi naturaliste, d’un microcosme social où la misère humaine est aussi criante que terrifiante. Car The Golden Glove désigne le nom d’un bar miteux où se retrouvent tous les déshérités de la société pour y noyer leur chagrin et y partager leur immense solitude.

Ironie tragique de l’histoire : à l’époque où ces crimes ont été commis, ceux-ci n’avaient pas particulièrement ému l’opinion publique, les victimes n’étant au fond que des prostituées dont personne n’avait que faire. Mais il semblerait que celle-ci persiste puisque d’aucuns se sont largement offusqués qu’un réalisateur ait la répugnante audace de nous rappeler à une réalité aussi violente qu’affligeante. Dans la même perspective, soulignons l’exceptionnelle performance de Jonas Dassler, totalement méconnaissable sous les traits de l’affreux Fritz Honka, qui aurait amplement mérité l’Ours d’Argent de la meilleure interprétation masculine mais qui fut magistralement boudé par le Jury de la Berlinale.


Christie Huysmans