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Coup de coeurEASTERN PLAYS

Kamen Kalev (Bulgarie/Suède)

Christo Christov, Ovanes Torosian, Saadet Isil Aksoy, Nikolina Iancheva…

89 min.
24 février 2010
EASTERN PLAYS

Le cinéma bulgare n’a pas souvent l’occasion de quitter les frontières de son pays, mais grâce à de nombreux prix dont celui du Festival de Tokyo et un passage par la Quinzaine des réalisateurs cannoise, Eastern Plays de Kamen Kalev s’est fait connaître à travers le monde et sort cette semaine en Belgique. 

Il s’agit du premier long métrage du réalisateur, diplômé de la Fémis, qui signe une œuvre très aboutie aussi bien au niveau de la réalisation que du scénario. 

Eastern Plays raconte l’histoire de deux frères que la vie a éloignés et qui se retrouvent confrontés dans une agression raciste. Georgi, lycéen en quête d’identité, vient d’intégrer un groupe néo-nazi qui s’attaque à une famille de touristes turcs, et Itso, artiste ’raté’ devenu menuisier, en proie à la méthadone et à l’alcool, porte secours à la famille attaquée. 

Suite à cet épisode sanglant, Georgi commence à se remettre en question et s’éloigne des skinheads pour se rapprocher de son frère. Quant à Itso, il tombe sous le charme de la jeune Isil à qui il a porté secours, mais l’idylle naissante est sans avenir car la famille turque interdit à leur fille de fréquenter des bulgares, même si en l’occurrence il s’agit du bulgare qui les a aidés. Une animosité remontant à l’époque de l’empire Ottoman sépare ainsi ces Roméo et Juliette du 21eme siècle. 

Inspiré de la vie réelle de Christo Christov qui n’est pas un acteur professionnel mais un ami d’enfance du réalisateur, le scénario est fortement ancré dans la réalité sociale de la Bulgarie d’aujourd’hui. Perte de repères, l’impression de ne pas avoir d’avenir, quête identitaire et tensions raciales sont des problèmes tangibles auxquels les jeunes de Sofia doivent faire face, avec le risque de sombrer dans la drogue ou la violence. Mais comme le souligne le réalisateur lui-même, l’histoire a aussi un côté universel car tout un chacun à travers le monde peut être touché par le personnage principal et sa lutte pour trouver un sens à sa triste vie. 

Malgré ce sombre réalisme, le film comporte aussi quelques magnifiques moments lyriques, tel que la virée nocturne entre un Itso à fleur de peau et la belle Isil (Saadet Isil Aksoy) qui illumine littéralement le film, ou encore la scène d’errance d’Itso au milieu de la ville qui se réveille. 

Triste, certes, mais non dénué d’espoir, Eastern Plays touche le spectateur par sa grande sincérité et par la performance de Christo Christov qui y met son âme à nu. Le choc n’en est que plus grand d’apprendre au générique que le film lui est dédié, car il est mort peu avant la fin du tournage. 

Nadia Vodenitcharov