Réflexion citoyenne
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Coup de coeurUNE VIE MEILLEURE

Cédric Kahn (France 2011)

Leila Bekhti, Guillaume Canet, Slimane Khebati, Nicolas Abraham

110 min.
25 janvier 2012
UNE VIE MEILLEURE

"La fiction éclaire comme une torche" - Régis Jauffret.

C’est par elle que Cédric Kahn a choisi de dresser le constat d’une réalité qui envahit nos quotidiens - celle d’un surendettement qui transforme peu à peu la perspective d’« Une vie meilleure » en dangereuse illusion.

Plus proche de la sensibilité de Jacques Audiard « De battre mon coeur s’est arrêté » que de la consensualité démonstratrice du « A nos envies » de Philippe Lioret, le réalisateur saisit le problème à bras-le-cœur et en y infusant à la fois indignation et émotion dresse le portrait d’une société qui si elle persévère dans cette aporie économique, deviendra, comme celle de l’Inde, étagée.

De castes aussi immarcescibles que des gouttes d’eau sur une flaque d’huile.

C’est soutenu par une volonté de ne céder ni sur la lucidité du fond (qui ne se démentira que par une happy end un peu forcée - sans doute pour ne pas verrouiller l’espoir de pouvoir un jour rebondir) ni sur la virtuosité de la forme, que Cédric Kahn met en place son propos et par là même renoue avec le meilleur de son cinéma depuis « Chacun cherche son chat » - susciter des rencontres grâce auxquelles les personnages principaux finissent par savoir qui ils sont et ce dont ils sont (in)capables.

Yann et Nadia s’aiment. L’amour survivra-t-il aux effets collatéraux de leur impossibilité à rembourser les emprunts contractés pour donner vie à un projet de restaurant.

Un film c’est une histoire, une mise en scène et une intention. C’est aussi une interprétation. Celle de « Une vie … » est excellente. Souple et déterminée, douce et rageuse, tragique sans être mélodramatique, terre à terre et touchante - évitant (parfois de justesse) de tomber dans les tentations faciles du roman-photo grâce notamment à un formidable jeune acteur, Slimane Khettabi, le cœur pur du projet Kahn. Celui qui fait que face à un enfant on n’a jamais envie de baisser les bras.

Quant à Guillaume Canet, on ne lui connaissait pas une telle capacité d’allier inspiration et sens du détail qui parce qu’il est minimaliste maximalise sa puissance suggestive.

Faut-il voir dans l’arrivée sur nos écrans de réalisations (*) qui portent sur nos modes de fonctionnement un regard décapant et critique un rappel des films post grande crise de 1929 (« Les raisins de la colère » de John Ford, « Meet John Doe » de Frank Capra, « Le million » de René Clair, "Brother can you spare a dime" le documentaire de Philippe Mora ...) qui confrontaient leurs personnages à une actualité difficile et humiliante ?

A la fois on le redoute parce que notre époque est, sur le plan social et financier, préoccupante et à la fois on veut y voir une opportunité de se souvenir que lorsque la cruauté retrousse les babines de certains (banquiers, marchands de sommeil, exploiteurs de tous ordres …) il en est d’autres qui se tendent la main.

Se battent non seulement pour ne pas crever mais pour garder leur dignité.

« Une vie … » est un film à voir. A défendre.

Il est le … meilleur pendant visuel au livre de Sophie Coignard et Romain Gubert, « L’oligarchie de incapables » (**) qui dévoilent les cupidités, lâchetés et égoïsmes de ceux qui nous dirigent.

"Une vie ..." est l’adaptation d’un livre de Philippe Routier paru aux éditions J’ai Lu (mca)

(*) « L’hiver dernier » de John Shank, « Miss Mouche » de Philippe Hallut, « De bon matin » de Jean-Marie Moutout, "Une vie meilleure" de Cédric Kahn

(**) paru aux éditions Albin Michel