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TU NE TUERAS POINT (HACKSAW RIDGE)

Mel Gibson

Teresa Palmer, Andrew Garfield, Sam Worthington, Hugo Weaving, Vince Vaughn, Rachel Griffiths, Richard Roxburgh, Luke Bracey

131 min.
9 novembre 2016
TU NE TUERAS POINT (HACKSAW RIDGE)

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, Desmond Doss, un jeune américain se retrouve confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il veut servir son pays, mais la violence est incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il refuse même de tenir une arme en main. Il veut aller sur le terrain en tant qu’infirmier afin de se rendre utile. Et c’est ainsi qu’il va sauver des dizaines de vies lors de la bataille d’Okinawa sur l’imprenable falaise de Maeda.

Après dix longues années d’absence, Mel Gibson signe son retour en tant que réalisateur avec une œuvre spectaculaire qui nous plonge dans l’enfer de la guerre. Le film s’inspire d’une histoire vraie, celle de Desmond Doss qui fut le premier objecteur de conscience à recevoir la médaille d’honneur, la plus haute distinction militaire des États-Unis. En 1945, l’homme aurait sauvé environ 75 hommes lors de l’assaut de Hacksaw Ridge sur l’île d’Okinawa, pendant la guerre du Pacifique.

Pour interpréter cet anti-héros, Mel Gibson a choisi Andrew Garfield (« The Social Network », « The Amazing Spider-Man ») qui livre une prestation exceptionnelle. Le reste du casting n’est pas en reste. On retrouve Sam Worthington (« Avatar ») dans le rôle du capitaine J. Glover, Vince Vaughn dans celui du sergent Howell, Hugo Weaving (« Priscilla, folle du désert », « Matrix ») qui interprète Tom Doss ou encore Rachel Griffiths dans le rôle de Bertha Doss, pour ceux qui se souviennent de Brenda Chenowith dans la série « Six Feet Under ».

Le film se structure en deux parties bien distinctes. Dans un premier temps, il dresse le portrait du personnage principal. Cela permet au spectateur de comprendre d’où lui viennent ses croyances et pourquoi il refuse de tuer quelqu’un, même s’il s’agit d’un soldat du camp ennemi. Une fois que tout cela est mis en place, on va assister à la confrontation entre le point de vue de Desmond Doss et celui des autres personnages. Et c’est justement cette opposition d’opinions par rapport à la violence, etc. qui va permettre d’avoir bien plus qu’un « simple » film de guerre.

Très souvent dans ce genre de film, il y a un discours très manichéen qui se développe. C’est-à-dire que le camp du héros, en l’occurrence les Américains, sont vus comme les « gentils » et les Japonais comme le mal absolu. L’ennemi est donc généralement diabolisé. Sauf qu’ici, ce discours va se développer autrement par le biais du personnage de Desmond Doss. Car parmi les soldats qu’il tentera de sauver sur le champ de bataille, il y aura aussi des Japonais. Et si même au bout du compte, on entend un des autres personnages américains dire qu’aucun de ces soldats ennemis n’a survécu, cela a quand même permis d’ouvrir une brèche dans cette vision manichéenne habituelle qui a tendance à se déployer dans les films de guerre.

Pour ce qui est de l’esthétique, le réalisateur a conservé un style propre à lui témoignant d’une grande maîtrise au niveau de la mise en scène qui n’a rien perdu en violence. Cette dernière était déjà bien présente dans ses films précédents, néanmoins il est juste de préciser, nous semble-t-il, que tout cela au final vient refléter l’horreur de la guerre. À aucun moment, Mel Gibson n’exagère. Les images sont cruelles, mais cela vient une fois de plus témoigner de son talent pour déployer un discours qui va de pair avec ce que le film raconte. L’image et le texte se répondent à merveille pour créer une œuvre cinématographique avec un discours humaniste. Car au milieu de toute cette horreur, il y a cet homme qui malgré tout ce qu’il est en train de vivre, ne perd rien de ses convictions et va jusqu’à accomplir un miracle en sauvant toutes ces vies.

Si Mel Gibson revient de loin, « Tu ne tueras point » semble sonner comme une réconciliation avec Hollywood. Il a d’ailleurs reçu le prix du meilleur réalisateur pour son film lors de la cérémonie des « Hollywood Film Awards ».

(Nathalie De Man)