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Timestamp

Kateryna Gornostai

documentaire

122 min.
24 février 2026
Timestamp

Avec « Timestamp », la réalisatrice Kateryna Gornostai signe un documentaire fort. Une œuvre qui capte la vie quotidienne des écoliers et du corps professoral aux quatre coins de l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe. Chapitre après chapitre, ville après ville, le film précise la distance qui sépare chaque lieu de la ligne de front. Une donnée factuelle, presque froide, qui donne pourtant à chaque scène son intensité particulière.
Ce qui frappe d’emblée, c’est cette mise en relation constante entre l’école et la guerre. « Timestamp » montre l’apprentissage des savoirs fondamentaux – mathématiques, littérature, sciences – mais aussi celui des gestes de survie et de combat. Comme si le service militaire s’était introduit dans les écoles. La guerre n’est pas un hors-champ, elle est intégrée à l’emploi du temps. Une sirène peut retentir à n’importe quel moment, interrompant un cours ou un moment festif. Habitués, les enfants savent comment réagir et vont se mettre à l’abri tout naturellement. Inquiétude et admiration se dégagent de ce quotidien, où la guerre est devenue paysage et le savoir-vivre en état de crise est normalisé.
Les images des villes en ruine sont poignantes. Des écoles éventrées deviennent des décors spectaculaires et tragiques : des classes dont les murs ont disparu, ouvertes comme des écrans béants sur l’extérieur, où la nature suit son cours inlassablement, le sol jonché de débris de verre et de gravats. Enseignants et élèves s’y promènent, cherchant des preuves du passé auquel ils peuvent se rattacher. Face à la fragilité des infrastructures, la ténacité de celles et ceux qui refusent d’abandonner l’éducation réchauffe les cœurs.
Car malgré les ruines, l’enseignement continue. En présentiel quand c’est possible, en visioconférence lorsque les bâtiments ne sont plus sûrs. Les élèves sont assidus, attentifs. Les professeurs ne lâchent rien ni personne. La solidarité irrigue chaque séquence, entre enseignants, entre élèves, entre générations. On perçoit une fierté profonde – celle de s’instruire malgré tout, de rester forts et intelligents, de continuer à penser et à apprendre alors même que le pays est meurtri.
Le documentaire est long, et certaines séquences étirent le temps, à l’image d’un quotidien qui s’installe dans la durée du conflit. Pourtant, jusqu’à la fin, « Timestamp » nous tient en haleine comme une fiction minutieusement construite. Les moments d’émotion intense alternent avec des respirations plus douces, pleines d’espoir. C’est précisément cette vitalité-là qui traverse le film, alliant courage et amour d’un peuple qui refuse d’être réduit au silence.
« Timestamp » est un film sur la transmission, la résilience et la conviction que l’éducation demeure un acte de résistance.

Luz