Adaptation d’un livre
2étoile(s) 2étoile(s) 2étoile(s) 2étoile(s) 2étoile(s)

ROOM

Lenny Abrahamson

Brie Larson Jacob Tremblay Sean Bridgers Wendy Crewson Joan Allen William H. Macy

118 min.
2 mars 2016
ROOM

Adapté du best-seller éponyme d’Emma Donoghue, qui a également signé le scénario, « Room » est le cinquième long-métrage de Lenny Abrahamson (« Frank » avec Michael Fassbender, « What Richard did »). Le film a remporté plusieurs prix, dont l’Oscar et le Golden Globe de la Meilleure actrice pour Brie Larson. Et si le jeune Jacob Tremblay ne s’est vu remettre aucune récompense, sa prestation n’en reste pas moins impressionnante. S’inspirant de plusieurs faits divers (Elisabeth Fritzl  [1] , Jaycee Lee Dugard  [2] et Natascha Kampusch  [3] ), le récit nous raconte l’histoire de Ma et de son fils Jack retenus prisonniers dans un abri de jardin par un homme, surnommé Old Nick. Le spectateur se retrouve directement immergé dans la pièce, sans aucune explication sur les raisons qui ont mené à cette séquestration. D’autre part, le film se focalise essentiellement sur la relation entre Ma et Jack, ne montrant aucun intérêt pour le personnage du bourreau.

Un autre parti pris du film est de raconter l’histoire du point de vue de Jack. Afin que le spectateur s’identifie à ce personnage, le réalisateur recourt entre autres à la voix off et aux plans subjectifs. Ces procédés qui sont malheureusement utilisés à maintes reprises, finissent par perdre de leur effet. Mais le film nous transmet également le point de vue de Jack à travers la perception de l’espace. Alors que la « room » est censée être très petite, la caméra nous donne l’illusion d’une pièce plus grande, comportant plusieurs sous-espaces tels qu’une salle de bain, un salon, une cuisine ou encore une chambre. De plus, si Ma associe cet endroit à une prison, Jack y voit au contraire un endroit chaleureux et sécurisant. Et pour cause, le petit garçon qui n’a jamais rien connu d’autre, est persuadé que cette pièce est le seul monde réel. Ce lieu est d’ailleurs bien plus qu’une simple pièce pour Jack, c’est presque une personne à part entière. Il l’appelle « Room », et non « the room », et parle aux objets : « Good morning lamp, good morning chair, etc. ». C’est ainsi que l’innocence et l’imagination du garçon deviennent un prétexte pour intégrer des séquences poétiques au sein du récit, qui contribuent à édulcorer l’horreur de la situation. L’autre point potentiellement intéressant est, qu’à l’instar de films tels que « Prisoners » (Denis Villeneuve, 2013) ou « The Captive » (Atom Egoyan, 2014) pour ne citer que des exemples récents, « Room » ne se conclue pas sur la libération des victimes. Au contraire, toute la deuxième partie du film est consacrée à la découverte de la réalité par Jack et à la réadaptation difficile de la mère dans le monde réel. 

Malheureusement, c’est au cours de cette même partie que la dynamique de « Room » s’essouffle. Cela paraît d’autant plus étrange que le film venait tout juste de reprendre une seconde respiration lors de la séquence d’évasion, qui s’apparentait à une renaissance tant pour Jack que pour le spectateur. En effet, lors de l’ouverture du film, le spectateur avait été introduit dans l’univers diégétique au moyen du son amplifié de la respiration de Jack. « Room » rejoue le même procédé lors de la séquence d’évasion, créant une sorte de parallèle avec la première partie. Et alors que le film évite dans un premier temps de tomber dans les travers du voyeurisme, il échoue au cours de la seconde partie en observant, via le regard du garçon, la descente aux enfers de Ma. D’une certaine manière, Jack, et plus encore sa mère, semblent passer d’une prison à une autre, et il faudra attendre la fin du film pour que la véritable libération ait lieu, et que le spectateur retrouve les promesses de mise en scène de la première partie.

(Nathalie De Man)

 

 

[1] http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2008/04/28/1186631_ses-enfants-n-avaient-jamais-vu-la-lumiere-du-jour.html

[2] www.lefigaro.fr/international/2011/06/03/01003-20110603ARTFIG00289-la-lettre-accablante-de-jaycee-dugard-a-ses-bourreaux.php

[3] http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20130708.OBS8545/affaire-kampusch-les-terreurs-secretes-de-natascha.html