Drame
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Coup de coeurLOLA

Brillante Mendoza (Philippines 2009)

Anita Linda, Rustica Carpio

110 min.
5 décembre 2010
LOLA

Suffit-il de savoir que les colères sont rarement utiles pour les réfréner ? Pas sûr. Surtout lorsqu’on estime qu’elles ont un sens

 

Ainsi il n’est ni incongru ni superflu de pousser un cri d’indignation et de protestation contre le fait que ce film, qui prouve une fois de plus que la virtuosité formelle quand elle est utilisée avec un talentueux à propos n’entache en rien la puissance émotionnelle d’un récit, ne soit en Belgique que diffusé certains jours et à certaines heures seulement dans une salle certes de qualité, le Nova.

Mais dont la confidentialité et l’inconfort rebutent (à tort) la majorité des spectateurs que la VOD habitue lentement mais sûrement à des projections sans risques. Des projections anesthésiées entre le conformisme du choix proposé et l’atomisation de l’attention. Qui comme chacun le sait est moins concentrée à la maison qu’au cinéma.

Brillante Mendoza est une sorte de Paganini de la pellicule. Capable à chacune de ses réalisations de se renouveler tout en gardant ce style fiévreux, sonore et ultraréaliste qui reflète si justement la vie intense, bigarrée souvent violente de son pays, les Philippines et de sa ville, Manille.

Comme dans "John John","Serbis" ou "Kinatay", c’est en caméra numérique et en adepte d’un montage hachuré qui flirte audacieusement avec quelques longs plans séquence que Mendoza va plonger, cœur et poings liés, au creux d’un fait divers et nous entraîner dans un drame, l’on soupçonne ne pas être le seul du genre, au sein d’une cité dont la pluie incessante accentue encore la misère et l’impression de délabrement.

Deux femmes âgées se rencontrent. Sans l’avoir voulu et encore moins désiré. L’une est la Lola, grand-mère en Tagalog, d’un jeune homme qui attend d’être jugé pour la mort du petit-fils de l’autre.

Sur cette trame, mince et en perpétuel péril (évité) de dégénérer en pesant mélodrame, le cinéaste va broder, avec la distance d’un regard de documentaliste et la simplicité à laquelle tend la dignité quand elle est vibrante, à coups d’aiguille déterminés ou laissés au hasard de l’improvisation sur le terrain, le combat de deux femmes.

Dont les causes sont opposées mais dont l’humanité sera rassembleuse et pacificatrice.

Comme toujours chez Mendoza ce qui surprend, éblouit et empoigne c’est l’urgence avec laquelle il se collette le quotidien.

Quotidien qui mêle toutes les générations, les plus âgés agrippés à leurs rites ancestraux et les plus jeunes dont la turbulente fraîcheur permet de ne pas désespérer d’une situation faite d’obstacles, de corruption et de vénalité - la place faite à l’argent dans la société philippine est proprement vertigineuse. D’autant plus vertigineuse que les personnages n’en n’ont pas.

Si les grands-mères, une fois de plus et c’est tant mieux, sont valorisées dans leur attitude de courage et de résistance (même si l’une, vaincue par la lourdeur de la tâche qu’elle s’est assignée glissera vers un no man’s land sans retour) comme dans « Poetry » le magnifique film du coréen de Lee Chang-dong, ce qui touche et égratigne c’est le regard du Mendoza.

Toujours empreint de pudeur et de respectueuse communion avec ce qui est montré. Alors même que le sujet pourrait susciter dans les mains de réalisateurs moins compatissants critiques ou jugements moraux.

Mendoza sait, pour vivre dans un des pays les plus pourris du monde, que la pauvreté engendre de nombreux enfants qui ont pour nom détresse, précarité et désordre.

Mais intuitivement et sans avoir besoin de s’appesantir ou de zoomer sur la noirceur de ce Monde, il fait confiance aux spectateurs.

Les incitant, par le rythme rapide qu’il impose aux multiples épisodes de son film, à ne pas s’arrêter ou désespérer sur l’un de ceux-ci.

Mais juste à comprendre qu’en certaines circonstances, allumer un cierge, en faisant fi du vent et des trombes d’eau - métaphores de la somme des éléments contraires qui s’intercale entre les désirs des « Lola » (*) et leur réalisation - est un geste de fierté.

Et d’apaisement qu’ils n’oublieront pas de sitôt. (mca)

(*) L’une souhaite éviter la prison à son petit-fils, l’autre que le sien ait des funérailles décentes.