Thriller psychologique
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LE TUEUR

Cédric Anger - distributeur : Les Films de l'Elysée

Gilbert Melki, Grégoire Colin, Mélanie Laurent

90 min.
16 janvier 2008
LE TUEUR

Lorsque sort en 1982, aux éditions André Moreau, le livre de Claude Guillon et Yves le Bonniec « Suicide, mode d’emploi » c’est le tollé.

Depuis avec la multiplication des attentats-suicide et les différentes lois sur l’euthanasie demandée, la notion de mettre fin à ses jours a acquis une certaine élasticité.

Avec « Le tueur », le premier long métrage de Cédric Anger - ancien critique aux « Cahiers du cinéma » (*) et scénariste pour Xavier Beauvois (« Selon Matthieu », « Le petit lieutenant ») - le suicide résonne d’une façon inattendue. Presque amicale et généreuse.

Leo est une père de famille attentionné. Atteint d’une grave maladie, il sent la mort rôder autour de lui. Elle a différents visages dont celui d’un jeune tueur à gages chargé de l’exécuter.

L’atout majeur de ce film aux multiples promesses - une tension extrême dans un Paris hivernal magnifiquement saisi dans ses replis glauques ou rassurants, une mise en scène taciturne en décalage avec l’envie des personnages de se parler - repose sur le duo à la fois aléatoire et évident que forme Gilbert Melki et Grégoire Colin.

A la fébrilité de l’un correspond l’économie de gestes de l’autre. Là où le premier panique, le second contrôle. Quand Melki demande de postposer sa liquidation, Collin hésite. Car il ne connaît de l’existence que les aspects inquiétants et mélancoliques.

Neurasthénie sur laquelle une jeune femme, Mélanie Laurent, va tenter de poser « cette main tendre et légère… qui pousse vers la vie » (**).

Film intéressant, mené avec une intelligence sèche qui refuse le brio et/ou le rythme des thrillers, « Le tueur » est une pause (sans pose mais pas sans leurre) dans deux vies qui se croisent sans hasard et auxquelles le concept d’indécidabilité, en devenant peu à peu le corps du récit, va donner une étrange humanité.

Cette humanité qui transcende les situations, les caractères, les opportunités parce qu’elle sert de coupe-vent aux solitudes, angoisses et incertitudes qui rongent les personnages.

Faut-il vraiment que la Grande Faucheuse soit proche pour donner l’envie de délier les mal-êtres.
L’envie de dénouer les mésententes. De se montrer tel qu’on est. (m.c.a)

(*) D’où peut-être la tentation de truffer sa réalisation de références illustratives de ses goûts : Antonioni pour les ambiances, Melville pour le côté « Samourai », James Gray pour la noirceur ….
(**) « Quelque chose de Tennessee » paroles de Michel Berger