Comédie
1étoile(s) 1étoile(s) 1étoile(s) 1étoile(s) 1étoile(s)

HORS DE PRIX

Pierre Salvatori (France 2006 - distributeur : Paradiso Filmed Entertainment)

Audrey Tautou, Gad Elmaleh, Jacques Spiesser, Marie-Christine Adam

100 min.
13 décembre 2006
HORS DE PRIX

Comment faire oublier un dernier rôle insipide, celui de Sophie Neveu dans « Da Vinci Code si ce n’est en en prenant le contrepied et en renouant avec le charme et l’espièglerie ? C’est ce qu’a intelligemment compris Audrey Tautou en choisissant d’interpréter Irène, une escort girl dont tombe amoureux un serveur de bar d’un des hôtels ***** dans lesquels elle a l’habitude de suivre de vieux et riches messieurs.

Si elle surprend dans ce rôle de jeune femme menteuse, cynique, dont la principale arme de séduction est le sex appeal vestimentaire (qui colle bizarrement avec une silhouette super étique) arrive-t-elle vraiment à convaincre comme elle l’avait fait en étant pour Laetitia Columbani dans « A la folie, pas du tout » une érotomane dangereuse ou pour Stephen Frears, dans « Dirty pretty things » une immigrée turque moche et solitaire ?

Irène dans son parcours de prédatrice de milliardaires âgés, et on s’en doute très vite, va découvrir que son habitude des amours hautement tarifiés ne la met pas à l’abri de la seule chose qui soit réellement hors de prix : l’amour vrai et gratuit.

Comme dans la chanson de Claude Nougaro « Les Don Juan » où "Il arive que le coeur s’accroche aux épines d’une jolie fleur".

Pierre Salvatori avait dans « Les apprentis » ou « Cible émouvante » permis à Guillaume Depardieu de développer ses ailes d’acteur en cassant son image de fils de….Il semble avoir plus de difficultés avec Gad Elmaleh qui peine à sortir de ses attitudes (déjà dangereusement proches de la mimique) de jeune premier candide et lunaire adoptées dans « La doublure » de Veber.

Son jeu, sans relief et surprise, contraste avec celui, condensé, de Jacques Spiesser que l’on est toujours content de revoir tout en regrettant que le cinéma ne lui offre pas un grand rôle comme celui qu’il avait magistralement interprété dans « Un homme qui dort » de Bernard Queysanne.

Salvatori, à défaut d’avoir l’élégance déliée d’un Guitry, l’ironie acerbe d’un Wilder ou le mordant amoralisateur d’un Mocky, aligne des scènes (souvent) convenues, gentilles et rythmées essentiellement par une déferlante d’objets (merci le placement products) et de chassés-croisés lentement mis en place.

Film d’accessoiriste, « Hors de prix » privilégie, dans leur immédiateté propre et figurée, les robes, les montres, les lits et les nœuds papillons. La petite robe d’Azzaro, noire (mais en moins strict…) comme celle de Givenchy portée par cet autre Audrey célèbre (Hepburn) dans « Breakfast at Tiffany » ou la montre ostensiblement placée « Jaeger-LeCoultre » définissent la sophistication friquée d’un jeu social auquel vont s’essayer les protagonistes sans se douter des humiliations et cruautés qui en font partie.

Il faut être costaud pour rester en lice dans le monde du fric et de la frime – c’était déjà la leçon de « Quatre étoiles » de Christian Vincent avec la jubilatoire Isabelle Le Carré.

Faire une comédie est, on le sait, extrêmement difficile. Il ne suffit pas que les acteurs soient bons, le scénario inventif, le tempo allegro, il y faut une « touch », de celle dont les Lubisch, Sturges ou Allen ont le secret. Et un final qui gagnerait à être plus inattendu qu’obligatoirement happy.( m.c.a)