Drame
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GOMORRA

Matteo Garrone (Italie 2008 - distributeur : ABC Distribution)

Toni Servillo, Salvatore Abruzzese, Gianfelice Imparato

135 min.
3 septembre 2008
GOMORRA

" Gomorra " est un film que l’on reçoit comme un coup de poing. En pleine figure. Il laisse désarmé. Avec en tête une foule de questions et aucune réponse.

De la même manière que le roman de Roberto Saviano avait secoué le monde littéraire, l’adaptation cinématographique qu’en fait Matteo Garrone choque. Tant physiquement que mentalement. 

Suivant simultanément le parcours d’une pluralité de personnages mêlés de près ou de loin aux agissements de la mafia napolitaine, Garrone construit un portrait démultiplié de ce visage sombre de l’Italie. Une image à la fois complexe et terriblement évidente du fonctionnement de cette organisation criminelle, au travers des vécus des divers protagonistes.

Cliché instantané d’une réalité de fait qui fait froid dans le dos, parce qu’elle s’ancre dans la violence, une violence quotidienne, tellement établie, tellement normalisée, qu’elle en est devenue banale.

Cruauté routinière qui ne fascine même plus, mais qui se pose comme l’unique mode de vie envisageable, le seul moyen de subsistance possible. Barbarie ordinaire d’un univers où seule une arme à feu peut faire la loi.

Cet état de fait effrayant est donné à voir au travers de choix cinématographiques radicaux : le refus de tout effet de mise en scène, de toute recherche de belles images, de sensationnel, pour n’avoir qu’un objectif : capter.

Appréhender de la manière la plus neutre possible ce monde crépusculaire. Pour laisser toute l’ampleur nécessaire au sujet. Lui permettre de se déployer à sa juste valeur, sans en détourner l’attention par des effets de réalisation. L’important est ici de montrer, de révéler les rouages d’un système fonctionnant si bien qu’il est parvenu à se rendre invisible.

Mettre en lumière les structures cachées de l’organisation criminelle la plus puissante au monde, en en décomposant les moindres agissements, des plus insignifiants aux plus graves. Afin d’en révéler les enchaînements, la façon dont chaque petit geste posé par chaque membre s’inscrit dans un programme qui le dépasse, un programme qui l’utilise pour toucher au but ultime : le pouvoir. 

Garrone filme sans jugement. Il fixe sur la pellicule les explosions de violence quotidienne avec un détachement qui n’a d’égale que l’implication forcenée qu’il a mise à la réalisation de ce film, peu importe les risques personnels qu’il encourait.

« Gomorra » est reçu comme un électrochoc. Les coups de feu tirés à bout portant touchent dans la chair, les thématiques soulevées heurtent la réflexion.

Et une impuissance meurtrière envahit, car le constat dressé marque, d’autant plus qu’il laisse démuni.

(Justine Gustin)