Relations père/fils
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FOOTNOTE

Joseph Cedar (Israël 2011)

Aliza Rosen, Alma Zak, Shlomo Bar-Aba, Lior Ashkenazi

107 min.
13 juin 2012
FOOTNOTE

D’habitude, en Israël, être un homme c’est être un soldat.

Prêt à affronter tous les combats pour aider son pays.

Après avoir vu « Footnote », le spectateur saura qu’il existe des champs de bataille tout aussi redoutables que ceux où sévissent les armées.

Des champs de bataille qui ressemblent à des bulles protégées dans lesquelles le savoir intellectuel remplace la compétence balistique, le sens du détail la précision du tir et l’ambition la course aux grades.

Chez les Shkolnik, on est deux à partager le même amour de l’étude. Le même intérêt pour le Talmud. Le père, asocial, teigne et méfiant. Le fils, diplomate pour les uns, arriviste pour les autres et plutôt cool. Lorsque le prix d’Israël est attribué par erreur à l’un des deux au lieu de l’autre, les non-dits et rivalités qui jusque là couvaient entre eux explosent.

Si ce qui est original dans « Footnote » - le lieu de l’action (le petit pré carré de la philologie universitaire dans lequel la jalousie et les coups bas entre confrères sont ravageurs), l’intelligence de l’écriture - résiste aux quelques longueurs du récit grâce à l’épatante interprétation de tous les acteurs, le manque d’amabilité des protagonistes, l’absurdité des gags, le bavardage et la musique hyper envahissants finissent par avoir raison de l’intérêt du spectateur.

Qui se prend à rêver à ce que ce projet aurait gagné en finesse et en drôlerie s’il avait été traité par les frères Coen (*)

La casuistique, la dialectique, la cérébralité sont des thèmes rarement exploités au cinéma.

Dommage qu’un grotesque, pesant et académique traitement en dilue l’obsession dans une tragi-comédie familiale ou les névroses le disputent à la parano.

A la farce ou à la possibilité d’une réconciliation - la fin du film étant à ce sujet des plus ouvertes.

Tellement ouverte qu’une « Footnote » (**) n’aurait pas été superflue pour mieux saisir l’intention du réalisateur.

Ce film, le troisième du cinéaste après "Time of favor" et le remarquable "Beaufort" a remporté le prix du meilleur scénario au festival de Cannes 2012. (mca)

(*) « A serious man »

(**) note en bas de page porteuse d’un éclaircissement - s’agit-il d’une mise en valeur du respect que tout fils doit à son père, d’une réserve désabusée sur l’esprit de sacrifice qui le meut ou d’une possibilité que la vérité éclate éclaboussant au passage tous les compromis et compromissions qui y font obstacle ?