Chronique familiale
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DE LEUR VIVANT

Géraldine Doignon (Belgique 2011)

Mathylde Demarez, Raphaëlle Germser, Christian Crahay, Yoann Blanc

88 min.
9 mai 2012
DE LEUR VIVANT

Parler de la mort n’est-ce pas avant tout parler de la vie ?

Parler de ceux qu’elle laisse orphelins. Qu’ils soient enfants ou époux, ils se retrouvent seuls avec leurs souvenirs, leurs chagrins et la nécessité de réapprendre le quotidien sans l’Autre.

Trois adultes reviennent, après la mort de leur mère, dans leur maison d’enfance entourer un père anéanti et tenter de retrouver, chacun d’abord et tous ensemble ensuite, une forme de bonheur tissé autour de ces petits riens qui rappellent qu’il fut un temps où la douleur n’existait pas.

Mettre à nu les plaies d’un deuil, pourquoi pas si cette étape permet aux survivants de se reconstituer.

Mais à la condition de ne pas se servir du cinéma donc du spectateur pour obéir à une pulsion cathartique.

Tout le monde n’est pas Joyce Carol Oates ou Joan Didion qui ont réussi à raconter, dans deux récits déchirants (*), comment elles ont surmonté la disparition de leur époux.

Tout le monde ne sait pas décoller du verbe ou de l’image pour éviter de donner la pénible et quasiment indécente impression de n’utiliser une histoire que pour résoudre des conflits (notamment une relation père-fille bloquée au stade oedipien) ou mettre à distance une épreuve personnelle.

Même si l’on sait que souvent une première oeuvre est, inconsciemment ou pas, une forme d’autobiographie, on attend pour adhérer à celle-ci que son équilibre ne soit pas fragilisé par une mise en scène qui use et abuse d’ inutiles jeux de focales, de profondeurs de champs maniérées et de l’émotion facile suscitée par la projection de films d’amateurs (en super 8) maladroits. 

Et par une pesante symbolique qui fait de la maison une matrice obligée de renaissance ou qui utilise un tiers aux difficultés familiales pour sortir du mutisme et enclencher un début de solution.

Si « De leur vivant » met, et à juste titre, en évidence l’importance pour devenir adulte d’avoir fait la paix avec l’enfant que l’on a été, il souligne aussi, avec une légèreté qui (me) pose question, combien notre époque est régressive.

N’envisageant la résolution des problèmes ou des hésitations amoureuses que par le repli sur soi ou sur la cellule nucléaire.

Comme si au message de devoir, pour se constituer une identité, quitter père et mère, était substitué celui du retour au nid pour éviter d’avoir à les assumer.

Métaphore du chagrin dans ce qu’il a de plus passéiste.

De plus stérilement nostalgique. (mca)

(*) « J’ai réussi à rester en vie » paru aux éditions Philippe Rey et « L’année de la pensée magique » édité en poche.