Chronique sentimentale
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COPACABANA

Marc Fitoussi (France 2010)

Isabelle Huppert, Lolita Chammah, Aure Atika, Jurgen Delnaet

107 min.
11 août 2010
COPACABANA

Si l’acte de création est un saut dans le vide, alors un film avec Isabelle Huppert est toujours une plongée dans l’inconnu.

Parce que l’intelligence avec laquelle elle borde ses interprétations relève autant de la surprise que de la complexe subtilité.

C’est ainsi qu’elle arrive, dans « Copacabana » à transsubstantier un rôle a priori quelconque dans une réalisation a priori moyenne avec un allant, une fraîcheur, une pêche qui suscitent séduction et adhésion.

La cinquantaine allumée, coiffée d’un chignon banane - inspirée de celui de Nathalie Baye dans « Absolument fabuleux » ? - habillée de couleurs qui rappellent celles, criardes et un brin vulgaires, de la plage de Copacabana dont elle rêve, Babou, éternelle et agaçante adulescente, en jette.

Elle aime la vie et ses excès. N’acceptant de bémoliser ceux-ci que le jour où elle apprend que sa fille, honteuse de cette mère qui confond norme et morne, ne souhaite pas sa présence le jour de son mariage.

Cigale rencontrant la nécessité de devenir, par amour maternel, fourmi Babou décide de changer.

Commence alors, pour cette femme jusqu’à présent inconséquente et se souciant comme d’une guigne de la réussite sociale, un chemin de croix. Qu’elle portera à Ostende - hommage au chef opérateur qui a su en capter la lumière d’hiver si délavée et changeante - en essayant de vendre à des gogos des appartements en multipropriété.

Quoiqu’ayant fait le choix délibéré de terminer son film par une fin heureuse - et pourquoi pas après tout rompre avec le désenchantement et la morosité ambiantes ? - Marc Fitoussi ne fait pas l’autruche et lorsqu’il aborde le monde du travail c’est pour en souligner l’âpreté, la rivalité entre collègues et la précarité.

Avec une bonhomie fantasque mais observatrice, il pose, au travers de la relation entre Babou et sa fille Lolita Chammah (*), un questionnement qui devrait intéresser même Elisabeth Badinter.

Qu’est-ce qu’une bonne mère ? N’est-on pas toutes moins mauvaises qu’on le suppose tout en n’étant pas aussi excellentes qu’on le voudrait.

Réalisé et scénarisé par un homme, « Copacabana » réserve à ses interprètes féminines (**), parmi lesquelles il ne faut pas oublier une Aure Attica bluffante en executive woman, un camaïeu réussi de moments émouvants, drôles et moroses.

Rappelant avec pudeur que l’affection n’exclut pas l’amertume et que la samba est un rythme qui n’est généreux que lorsqu’il est dansé avec une complice entente. (mca)

(*) qui se trouve être, dans le vie dite vraie, celle d’Isabelle H. Quelle opportunité, saisie avec talent, pour la mère et la fille d’avoir pu ainsi baliser d’une bien jolie pierre blanche des relations que l’on sent axées sur une confiante alliance.
(**) parmi les personnages secondaires, ceux interprétés par l’acteur flamand Jurgen Delnaet et l’ancien membre du groupe français "Les charlots", Luis Rigo - trop rare à l’écran (souvenons nous de son excellente prestation dans "Un coeur fantôme" de Philippe Garrel - méritent d’être épinglés pour leur justesse et leur fraternelle efficacité.