Film catastrophe

CLOVERFIELD

Matt Reeves (USA 2008 - distributeur : UIP)

Odet Jasmin, Lizzy Caplan, Mike Vogel, Michael Sthal-David

85 min.
6 février 2008
CLOVERFIELD

Comment appeler un film dans lequel les invocations à « Dieu » ou à « Jésus » sont aussi nombreuses que les immeubles détruits dans ce « Cloverfield », en lequel certains esprits lisent une métaphore de l’attaque surprise du 11/09/01 sur les Twins Towers de Manhattan ?

Une bondieuserie (*) bien peu oeucuménique puisque aucun Dieu autre que celui des Wasps n’est évoqué ? Un alarmant constat de manque de vocabulaire ? Une charge contre l’impuissance des gouvernements à prendre soin de ses citoyens ? Une relecture vite faite/mal faite de l’Apocalypse de Saint Jean ?

Les scénaristes et les cinéastes aiment dépeupler New York. Déjà avant " I am legend" de Francis Lawrence, Franklin Schaffner s’était livré à cet exercice dans "Planet of the apes". 

Faut-il de toute façon chercher à ce genre de film une autre raison que celle de répondre au besoin d’images anxiogènes qui anime la plupart de nos inconscienst collectifs ?

En rupture avec la saga des « Saw » et « Hostel » qui teintait les écrans des couleurs rougeoyantes de pratiques tortionnaires, « Cloverfield » rend compte d’un monde perdu sans sacrifier aux excès d’une représentation gore.

Il travaille plutôt sur la rupture de ton, en soi toujours porteuse de panique, entre une soirée branchée au cœur de Big Apple et le surgissement d’un monstre, à l’allure caoutchouteusement indécise - l’ombre d’un rejeton né des épousailles de Godzilla et d’une araignée géante ? - qui sème sur son passage cris, morts et désolation .

Comme « The Blair witch project » dont il se réclame, « Cloverfield » est tourné à l’aide d’un caméscope (**) qui donne aux images un sautillement et une confusion qui perdent vite leur originalité spontanée pour devenir des tocs ou des tics maniérés et agaçants.

Plus intéressante que son histoire, banalissime, et de ses effets spéciaux, étonnamment prévisibles, la modernité de « Cloverfield » réside dans la façon dont, bien avant sa sortie, son producteur J.J Abrams (auteur de la série télévisée « Lost ») a harponné l’attention de son public potentiel.

En diffusant aux comptes gouttes des informations calibrées ad hoc sur le Net - procédé qui commence à devenir une rouerie bien huilée (« 3000 » de Zach Snyder , « Snakes on a plane » de David R. Ellis).

Le danger de ce genre d’annonce est de ne pas présenter un produit à la hauteur des espérances des internautes - ce qui est, in specie, le cas. Après avoir démarré au quart de tour, « Cloverfield » a perdu 68% des parts de marché en deuxième semaine de distribution.

Il en est des films comme des rencontres amoureuses. « Le plus beau moment c’est quand on monte l’escalier. »

Cette phrase est de Jules Renard dont la lecture du journal révèle bien plus de surprises que cet opus d’un Matt Reeves en petite forme. (m.c.a)

(*) Un peu comme celle qui traçait le « World Trade Center » d’Oliver Stone
(**) Façon de faire bien dans l’air d’un temps narcissique où chacun aime filmer ce qui lui arrive.