Comédie sentimentale
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Coup de coeurCHANGEMENT D’ADRESSE

Emmanuel Mouret (France 2005 - distributeur : les Films de l'Elysée)

Frédérique Bel, fanny Valette, Dany Brillant, Emmanuel Mouret

85 min.
6 septembre 2006
CHANGEMENT D'ADRESSE

Du cor au corps ou l’itinéraire d’un anti-Rastignac oscillant entre dandysme et maladresse.

David est un joueur de cor en recherche d’un appartement.
Il rencontre Anne, une épatante Frédérique Bel - dont le rapport lumineux avec la caméra rappelle celui d’Anne Consigny dans « Je ne suis pas là pour être aimé » - et décide de devenir son co-locataire.

Entre ces deux là l’harmonie règne d’emblée. Mais comme il serait trop simple de reconnaître le bonheur quand il est à portée de mains, David va quitter Anne parce qu’il se croit amoureux de Julia – une Fanny Valette qui confirme les promesses de sa prestation dans « La petite Jérusalem » - à laquelle il donne des cours de cor thérapeutique censés tirer la jeune fille d’un inexplicable mutisme.

Ce trio dont le moyeu est le romantisme empoté de David se transforme, avec l’apparition d’un Danny Brillant aussi à l’aise sur écran que sur scène, en un allègre « Quadrille » dont la virtuosité verbale rappelle que l’esprit français ne s’est pas éteint avec Sacha Guitry.

« Changement d’adresse » est un volontaire hommage à ces cinéastes plus âgés auxquels le cinéma français actuel (Bourdieu, Despleschin…) doit beaucoup de son élégance et de son charme : Truffaut, Rohmer, Tati bien sûr mais aussi Buster Keaton, Woody Allen et parfois Charlie Chaplin.

Comédie alerte et fraîche, « Changement d’adresses » a un ton bien à elle, qui tisse sa singularité d’une asymétrie entre l’interprétation pince-sans-rire des personnages et la drôlerie de leur propos.

Ce film vraisemblablement réalisé avec trois francs six sous rappelle – et c’est une très bonne nouvelle - qu’il est possible de faire du chouette cinéma avec peu de moyens.

Sans oublier que « Changement d’adresse » est aussi un intéressant travail sur la double portée du langage où la parole apparaît autant le vecteur de ce qui se dit que de ce qui se cache derrière ce qui est dit. Cet entrelacement de sens sollicite l’imagination du spectateur et le fait participer plus activement au marivaudage qui se joue sous ses yeux.

En cela « Changement d’adresse » ne se contente pas d’être une approche mi-docte mi-cocasse d’un thème récurrent au 7ème art : l’amour et ses complications, il est aussi une réflexion, même si elle a la légèreté d’un vol de phalène, sur le sentiment amoureux et son constant péril : la labilité. (m.c.a)

Site officiel du film : www.changementdadresse-lefilm.com