Chronique dramatique
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CAOTICA ANA

Julio Medem (Espagne 2007 - distributeur : Cinéart)

Manuela Vellés, Charlotte Rampling, Nicolas Cazalé

117 min.
6 août 2008
CAOTICA ANA

Quoi de mieux que le temps pour mettre en perspective un film ? Lui donner, dans la mémoire, un espace approprié. Désencombré d’emballements un peu trop rapides ou de jugements hâtifs.

Parfois une œuvre, qu’elle soit lue ou vue, trouve au fil des jours et des mois une place qui ne ressemble pas à celle qui était la sienne au moment où la dernière page ou image s’est refermée.

Close sur un mystère : quelle trace sera gardée de ce qui a été spontanément aimé, rejeté ou remisé au grenier de l’indifférence ?

Qu’en est-t-il de « Caotica Ana » 6 mois après sa vision en projection en presse ? Une étincelle ou un pétard mouillé ?

Ana vit avec son père dans une grotte ( symbole 1 : image de la mère disparue). Elle peint sur toiles et sur portes (symbole 2 : l’inconscient et ses secrets (*). Ses œuvres intriguent une mécène, Justine (symbole 3 : la recherche d’un équilibre), qui lui propose de venir rejoindre la troupe de jeunes artistes qu’elle sponsorise à Madrid.

Ana accepte, tombe amoureuse et enceinte. Elle commence à avoir des visions.

Visions qui s’apparentent tantôt à des souvenirs, tantôt à des cauchemars mis en scène au cours de séances d’hypnose. Dont la fumisterie stylisée et le côté « bazar new age » font, par comparaison, de Marc Levy un disciple de Descartes …

Présenté comme une fable ésotérique et fantastique, « Caotica… » est une caverne d’Ali Baba où le n’importe quoi côtoie le morbide, le souffreteux, le violent et le mystique

Le film est dédié à la sœur du metteur en scène, Ana, morte accidentellement en 2001. Elle est l’auteur des toiles qui griffent la pellicule de leur graphisme nihiliste et saugrenu.

Il est vrai que le chagrin peut égarer les âmes les plus solides. C’est la seule excuse, à nos yeux, à ce pensum coloré et psychédélique qui se veut, à travers l’incarnation de la souffrance sublimée de la femme, matrice porteuse d’espoir. De laquelle pourrait surgir un homme meilleur.

Laissons Medem à ses gris-gris consolateurs - dont notamment une jeune actrice très belle qu’il vêt et dévêt avec l’enthousiasme d’un enfant qui découvre, entre deux tours de passe -passe, 3 sanglots et quelques convulsions hystériques, que sa poupée Barbie est docile.

Ne désespérons pas de voir ce réalisateur souvent inspiré (« Lucia y el sexo », « Los amantes del circulo polar ») et ardent défenseur du phénomène « palindrome » (**) revenir à un cinéma dans lequel la passion retrouve son intensité romantique.

Laissant celle du délire, du chaos et du symbolisme à 10 sous derrière la caméra. (m.c.a)

(*) Comme chez Fritz Lang « Secret beyond the door »
(**) C’est-à-dire de la temporalité cyclique, jonglerie intellectuelle qu’il partage avec son jeune confrère américain Todd Solondz « Palindromes »