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Coup de coeurBUDDHA COLLAPSED OUT OF SHAME

Hana Makhmalbaf (Iran 2007 - distributeur : Imagine Film Distribution)

Nikbakht Noruz, Abdolali Hoseinali

81 min.
9 avril 2008
BUDDHA COLLAPSED OUT OF SHAME

En mars 2001 dans la vallée de Bâmiyân, à 230 kilomètres de Kaboul. Deux déflagrations qui ouvrent et ferment le film. 

Explosions qui détruisent deux statues de Bouddha, décrétées idolâtres par le régime des Talibans et nous arrachent en même temps une partie du cœur.

Ce cœur avec lequel nous allons suivre le chemin d’une petite fille, de vert et jaune vêtue, qui pour échapper au précipice de la folie des hommes et de leurs jeux guerriers, se met en quête d’un cahier pour aller à l’école.

D’une très éloquente simplicité, parfois même d’une innocente maladresse, « Buddha.. » n’est pas une leçon de cinéma. Il est mieux et plus que cela. Il est une leçon de (sur)vie et de résistance proposée par une jeune réalisatrice de 19 ans dont la généreuse idée est d’avoir voulu donner, à ceux qui n’ont pas la parole et l’écoute des adultes, le moyen de s’exprimer.

Au travers des dangers, petits et grands, physiques et psychologiques, encourus par une gamine de 6 ans, Baktay, dont le désir d’apprendre à lire est plus fort que la peur, les rebuffades et les brutales rencontres.

Celles notamment de jeunes garçons qui, dans leur imitation simiesque des aînés, donnent à ressentir, avec une violence inouïe et presque pamphlétaire, la douleur d’être de sexe féminin en Afghanistan au début du XXème siècle.

Hana Makhmalbaf (*) a de ses origines iraniennes le sens du récit poétique et des images colorées, elle partage avec son compatriote Jafar Panahi l’intérêt pour les fillettes obstinées (**) et avec sa consoeur indienne, Deepa Mehta (« Water ») la capacité de poser un regard à la fois documentaire et bouleversant sur le statut de la femme lorsque les traditions religieuses veulent régenter leurs vies.

Même si la main de la cinéaste est parfois métaphoriquement lourde - les anfractuosités du sol en écho aux déchirements d’un pays - et que sa réalisation se focalise un peu trop systématiquement (scolairement ?) sur les visages de ses jeunes personnages, ces gaucheries ne sont que le reflet d’une inexpérience et finissent par donner une palpable valeur ajoutée à la tension émotionnelle qui s’empare du spectateur.

Confronté dans chacun des gestes, attitudes et regards d’une gamine à une destruction bien plus importante que celle de 2 représentations de Bouddha : la mise à sac d’une candeur, d’une confiance, d’une spontanéité.

Puisque dorénavant Baktay comprend, avec l’aide de son ami Abbas (un hommage au Kiasrostami de « Where is the friends’home ? ») que pour être libre, il faut mourir.

Chaque film possède une image qui peut le définir. « Budhha … » a la sienne. Celle d’un visage d’enfant encapuchonné d’un sac en papier dont les trous au niveau des yeux laissent passer une détresse et une fragilité qui hantent bien au-delà de la projection.

Cette fente de lumière, écrit Vladimir Nabokov, par laquelle s’inscrit la vie entre inconnu et ténèbres. (m.c.a)

(*) Fille de Mohsen (« The cyclist », « Kandahar ») et de Marhzieh (la scénariste de « Buddha » ). Sœur cadette de Samira (« Blackboards », le segment iranien du film collectif 11’09’’01), Hana élève la famille Makhmalbaf à la dignité de dynastie cinématographique. Comme les Coppola aux USA.
(**) « The white balloon »