Ethan Hawke, Bobby Cannavale, Andrew Scott, Margaret Qualley
Blue Moon, de Richard Linklater (également réalisateur de Nouvelle Vague qui raconte le tournage de A Bout de Souffle), avec Ethan Hawke dans le rôle du parolier de comédies musicales Lorenz Hart. Hawke, méconnaissable, explore avec talent les différentes facettes de la personnalité complexe de Lorenz Hart. Margaret Qualley, fille de Andie McDowell (la version jeune de Demi Moore dans The Substance) est excellente dans le rôle de la jeune femme dont il est éperdument amoureux. Il s’agit d’un huis clos dans un bar huppé de Broadway, davantage du théâtre que du cinéma, qui se situe dans le monde de la comédie musicale aux USA au début des années 40.
Lorenz Hart était le parolier du très célèbre compositeur de comédies musicales Rodgers. Comme annoncé dès le début du film : un homme très drôle aux yeux de certains, sinistre aux yeux de certains autres. Première réaction au moment de la vision du film : c’est pas bientôt fini, ce monologue avec le barman ? Et puis, petit à petit, on se laisse séduire par la composition à laquelle se livre l’acteur Ethan Hawke. La scène est shakespearienne et Ethan Hawke la joue à la perfection. Quel désespoir chez cet alcoolique (hétéro, homo, bi, est-ce qu’il le sait lui-même ?) avec sa passion ou plutôt son obsession pour l’inaccessible étoile qu’il adule mais pour qui il n’est que le meilleur copain et confident, surtout lorsqu’il s’agit pour elle de lui narrer du croustillant qui lui permet, à lui, de vivre sa passion par procuration (une autre scène à applaudir). Quelle horrible tristesse dans la façon dont il se sent, et est, rejeté par tous. La scène où la jeune femme qui fait l’objet de sa flamme drague Rodgers devant Hart pour se faire engager est particulièrement poignante.
Petit bémol : les multiples références aux comédies musicales du Broadway de l’époque sont sans doute moins intéressantes pour un public européen, davantage familiarisé avec les célèbres comédies musicales cinématographiques avec Gene Kelly ou Fred Astaire.
Rodgers, ami de longue date de Hart, finira par se lasser de son manque de fiabilité et de son alcoolisme et le remplacera par le parolier et producteur Hammerstein. Rodgers et Hammerstein deviennent les auteurs de comédies musicales célébrissimes comme Le Roi et Moi et La Mélodie du Bonheur.
Hart meurt à 46 ans de pneumonie et d’alcoolisme, seul et abandonné, quelques mois après l’épisode raconté dans le film.
A voir, très certainement
Anne Marie Deboeck