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Coup de coeurL’affaire Marie-Claire

Laurianne Escaffre et Yvo Muller

Charlotte Gainsbourg ; Cécile de France ; Grégory Gadebois

102 min.
4 novembre 2026
L'affaire Marie-Claire

L’Affaire Marie-Claire revient sur un moment fondateur de l’histoire des droits des femmes en France : le procès de Bobigny (1972). Marie-Claire, une adolescente jugée pour avortement après un viol, est défendue par l’avocate Gisèle Halimi, qui en fait un procès politique, celui des lois de l’époque, avec le soutien de femmes célèbres témoignant publiquement avoir avorté. Ce procès a contribué à l’évolution vers la loi Veil en 1975.
Les décors reconstitués sont assez impressionnants : on est complètement replongé dans les années 70, dans leur matière, leur lumière, leur atmosphère. C’est le grand plaisir du film : cette impression de vérité matérielle qui donne au récit une force documentaire. En revanche, je ne suis pas convaincue du choix de Charlotte Gainsbourg pour jouer Gisèle Halimi. Il y a une grande douceur chez Gainsbourg qui semble ne pas correspondre à Halimi, et aucun rapport avec la Tunisie du côté de l’actrice, ce qui est dommage quand on doit jouer une Tunisienne. Je n’y ai pas trop cru, même si l’interprétation reste très bien.
La façon de séquencer est réussie : des allers-retours entre le procès, qui nous tient en haleine, et sa préparation, qui renforce les moments de retour au fameux procès. On est tout du long plongé dans des moments très forts d’émotions, et c’est bien que, malgré que le film parte d’un fait réel historique (dont on connaît l’issue), on soit tenu en haleine, comme si l’on était étrangement pas sûr du verdict final. C’est la marque d’une mise en scène qui sait faire d’une histoire connue une histoire vivante.
C’est très intéressant de voir les pérégrinations et questionnements de Gisèle Halimi pendant tout son combat : ses doutes, ses choix stratégiques, ses engrenages. Ça ne détruit pas le mythe, au contraire, ça renforce encore plus la fascination pour cette femme. La voir réfléchir, hésiter, décider, donne à son héroïsme une épaisseur humaine bien plus convaincante qu’une figure sanctifiée. C’est un film très inspirant sur la façon de mener un combat : sur le chemin parcouru, et sur ce qu’il reste à faire concernant les droits des femmes : un point d’autant plus sensible aujourd’hui, où ces acquis restent fragiles. C’est clair, avec un but, comme le travail de Gisèle Halimi elle-même : le film a l’efficacité de sa cause.
L’Affaire Marie-Claire est un film solide et émouvant, porté par une reconstitution remarquable et un séquençage intelligent, qui rend au procès de Bobigny toute sa tension et sa portée politique. Malgré un choix de casting discutable pour incarner Halimi, il réussit le pari de faire d’une histoire connue un combat vivant, et d’une figure historique une femme fascinante.

Mélisande Variot