À l’occasion de la récente restauration de Le Maître de musique, réalisée par ses soins, CINEMATEK a le plaisir de dédier une rétrospective à Gérard Corbiau, accompagnée d’une carte blanche de ses films de prédilection.
Le Maitre de Musique, La grande Barriére de corail, L ’Atelier à 15 ans, Sax, L’Année de l’éveil, Chanel N°5 : L’Orchestre, Le Roi danse, José van Dam, 25 ans apres, Abdel Rahman El Bacha - Un piano entre Orient & Occident, Gérard Corbiau, Conférences, introductions, ateliers…Wozzeck
Programme et billets https://cinematek.be/programma/2026-09-10-11-gerard-corbiau
« 1988, un film belge, Le Maître de musique est nominé pour l’Oscar du meilleur film étranger. Grande est la surprise ! Quoi, un film à sujet culturel, qui traite de musique et de chant, matière « élitiste », et qui plus est, on découvre aussi pour la première fois sur grand écran le nom de Gérard Corbiau. On ignorait alors que ce jeune réalisateur de 47 ans, devenu brusquement connu, avait un très complet bagage télévisuel et que ce succès ne venait pas d’un coup de hasard mais d’une carrière qui étape après étape, l’avait rapproché de ce qui allait être son territoire : les grandes fictions musicales, avec toutes leurs composantes romanesques faites de voix sublimes, de rivalité, de passion, d’histoires d’amour et de cour.
À peine sorti de l’IAD, Gérard Corbiau entre à la RTBF et devient le chef monteur de La Grande Barrière de corail, un documentaire produit par Pierre Lévie où il organise les images rapportées par sept cameramen. Autant dire qu’il se jette à l’eau et qu’il ne s’y noie pas puisque ce film très « commandant Cousteau » obtient la Médaille d’or au festival de Venise en 1969. Il va ensuite faire ses classes dans des émissions de grands reportages comme Neuf million neuf et À suivre. Avec Paul Damblon et sa série L’enfant et nous il aborde le film scientifique. Bien qu’il avoue que depuis dix ans qu’il est ailleurs, « il a un peu négligé » cette partie de son travail, il se souvient de l’importance qu’ont eu pour lui les cinq films qu’il a réalisés avec Pierre Manuel dans le cadre de l’émission Faits Divers où les « vrais » gens y racontaient leurs histoires et à travers elles s’inscrivait le portrait d’une société.
La charnière majeure de sa trajectoire va être son affectation en 1980 au service Musique-Opéra-Ballet. Il a eu là sa « révélation » : la musique, c’est son truc et sa chose. Il y rencontre José van Dam dont il fera le portrait en 1981 dans Chronique d’une saison, documentaire encore classique avec interview, captation des répétitions et de représentations. Suivront dans la même veine Wozzeck, autour d’un opéra puis La Monnaie au film du temps. Ces films restent et se veulent des documentaires, mais ils développent avec l’utilisation d’une voix off plus proche du texte littéraire et leur constant souci de la construction dramatique un point de vue d’auteur – de raconteur d’histoires. Les moments musicaux ne viennent pas comme des ruptures ou des interruptions mais sont intégrés à la progression du récit, à l’approfondissement des personnages. Pour ces films, Corbiau a fait appel à Luc Jabon qui commençait sa carrière de scénariste. Avec lui, il va continuer à franchir les étapes qui vont le conduire à Farinelli. Ils co-scénariseront une fiction documentée, la vie de Sax qui mêle des documents d’archives et la mise en scène de la biographie du musicien inventeur. Suivra À la recherche de S, un conte inspiré par la musique de Stravinski.
Le désir de travailler encore avec José van Dam l’amènera à construire toujours avec Luc Jabon le scénario du Maître de musique. La machine à fiction était partie mais on peut dire qu’elle s’était nourrie et ancrée longuement et sûrement d’une expérience documentaire. Et ce rapport d’investigation, de complémentation et de double approche continue puisque Gérard Corbiau est en train de tourner le documentaire Versailles, la visite, manière d’entrer dans les fastes du grand siècle, avant Le Roi danse, son prochain film. »
— Jacqueline Aubenas in dic doc, Le dictionnaire du documentaire, CGRI et SGAM de la Communauté française de Belgique, 1999
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