Sorties de la semaine
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ISLE OF DOGS

Wes Anderson

(les voix de) Bill Murray, Edward Norton, Jeff Goldblum, Byran Cranston, Koyu Rankin, Scarlett Johansson Liev Schreiber, Greta Gerwig, Bob Balaban

101 min.
11 avril 2018
ISLE OF DOGS

Présenté en film d’ouverture à la 68ème édition de la Berlinale 2018 où il a obtenu l’Ours d’argent du meilleur réalisateur (une distinction amplement méritée) ce film d’animation, réalisé en stop-motion, graphiquement prodigieux avec un sens infini du détail, a largement remporté les suffrages de la majorité des festivaliers. Film hommage au cinéma japonais qui honore particulièrement Hayao Miyazaki, co-fondateur du Studio Ghibli, ainsi que le légendaire Akira Kurosawa, « Isle of Dogs » s’adresse autant à un public adulte qu’à un jeune public. Permettant plusieurs niveaux de lectures recevables par tous, à l’exception peut-être des défenseurs de la cause féline et des fans d’Hello Kitty, le second long-métrage d’animation de Wes Anderson éblouit tant par sa minutie que par son univers particulier, lequel est rythmé, tambours battants, par une belle énergie. Certains mouvements de caméra impressionnent par leur virtuosité, nous faisant ainsi presqu’oublier que nous sommes face à un cinéma d’animation.

Allégorie politique d’un Japon situé dans un futur relativement proche, « Isle of Dogs » héroïse la bravoure épique d’un jeune garçon, Atari, prêt à tout pour récupérer son plus fidèle et plus loyal ami, Spots, animal à quatre pattes qui lui sert de garde du corps et qui a été mis en quarantaine par le maire de la ville, lequel n’est autre que son tuteur et oncle. La ville de Megasaki étant la proie d’une étrange épidémie touchant les chiens, le politicien véreux, en campagne pour sa réélection, et passé maître dans la manipulation et la propagande, a en effet décrété que tous les canidés représentaient un danger sanitaire pour ses concitoyens et qu’en conséquence ils devaient tous être exilés sur une île poubelle.

Le ton est aussi drôle que corrosif, la narration s’inspire des codes du conte de fées et la critique politique n’a rien de gratuit ou de naïf. Faisant référence aux génocides de l’Histoire comme à l’actuel refoulement des migrants, « Isle of Dogs » dénonce de manière métaphorique l’exclusion et la persécution d’êtres humains sur base de leur race. Il dresse aussi avec une perspicace acuité le portrait de ces nations qui d’un seul clic ou d’un seul pschitt sont désormais susceptibles d’exterminer tout ou partie de la population mondiale. De la guerre chimique à la guerre informatique en passant par la théorie de la conspiration (faisant ainsi écho à ceux qui soutiennent la thèse que certains virus – le sida et le virus Ébola pour ne citer qu’eux- auraient été développés à des fins criminelles), « Isle of Dogs » ne se contente pas d’aboyer pour défendre humanité et humanisme, il se révèle aussi utilement mordant dans un monde où le populisme et le protectionnisme sont en pleine recrudescence.

Christie Huysmans