Pour un samedi soir
1étoile(s) 1étoile(s) 1étoile(s) 1étoile(s) 1étoile(s)

LA FILLE COUPEE EN DEUX

Claude Chabrol (France 2007 - distributeur : les Films de l'Elysée)

Ludivine Sagnier, François Berléand, Benoît Magimel, Mathilda May

115 min.
5 septembre 2007
LA FILLE COUPEE EN DEUX

Brel le chante « Les bourgeois, c’est comme les cochons, plus çà devient vieux plus çà devient c… ». Chabrol le montre. Avec une verve qui, nonobstant quelques éclairs de causticité, a les couleurs d’un pétard mouillé.

La vie de la séduisante Gabrielle Deneige n’a rien de l’existence parfaite et aseptisée de la princesse de conte de fées dont elle porte presque le patronyme (Blanche-Neige). Avec ses princes charmants, le « Et ils vécurent heureux » résonne sans autre écho que la perversion ou le déséquilibre mental.

Amoureuse abandonnée d’un écrivain de trente ans son aîné, elle épouse un jeune milliardaire avec lequel les jeux ne seront plus d’ « O » mais odieux.

Peu de clémence et pas une once de générosité dans ce drame provincialement feutré. Les hommes et les femmes sont épinglés pour ce qu’ils sont : égoïstes, libertins, décadents et arrogants.

Qu’ils soient d’intellectuels ou de grands bourgeois, les masques et les mensonges sont identiques. Dangereux et attirants, Gabrielle, comme une phalène tétanisée, s’y brûlera. Non pas uniquement parce qu’elle est innocente, mais parce qu’elle ignore les règles d’un monde où grouillent secrets, tentations immondes et manipulations d’autrui.

Chabrol n’est pas La Bruyère ou La Fontaine. Il ne tire pas de « caractères » ou d’enseignement de ses histoires. Il est plutôt un portraitiste qui, pour descendre au fond de la nature humaine, chausse ses bottes d’égoutier.

En une cinquantaine de films, il a dessiné ce que la société française bourgeoise, dans ses déclinaisons sociologiques de petite (" Le boucher") à grande (" La Cérémonie"), tente, sous des apparences tranquilles, de déguiser : le mesquin calculateur et le sexuel dérangeant/dérangé.

Bruno Magimel (*) est égal à l’image dans lequel le cinéma a (déjà) tendance à le fossiliser : le déséquilibré-malgré-lui. François Berléand, en forban ès lubricités est risible. Surjouant le Beigbeder vieillissant, il insuffle à son personnage de la lassitude là où on attendait du carnassier.

« La fille coupée en deux » (**) c’est Ludivine Sagnier. Elle est magnifique. Belle, elle apporte au personnage de Gabrielle l’angélisme d’un prénom, la séduction de la jeunesse et le désarroi d’une femme qui découvre, sous un glamour alluré, les soubassements faisandés d’une société en déréliction dont elle ne sortira que par une pirouette à la Lola Montès. Une pirouette de music hall.

Une certaine lourdeur des dialogues, une maison de rendez-vous gentiment désuète, un essaimage de clichés (l’éditrice sexuellement libérée, l’écrivain vicelard, la promotion canapé, la pirouette de fin de film…) donnent à ce dernier Chabrol un coup de vieux. Non pas celui qui patine mais celui qui empoussière et donne l’impression de ne plus être de son temps.

Même quand on a du talent, il n’est pas évident d’échapper aux pièges répétitifs des 2 fois 7 : les 77 ans que le cinéaste vient de souffler ce 24 juin. (m.c.a)

(*) pourquoi a-t-il accepté d’être balafré d’une mèche de cheveux peroxydée qui lui donne la lourdeur d’un « Bronzés 3 » ?
(**) histoire tirée d’un fait-divers (un séducteur, architecte à la mode, est assassiné par le mari de sa maîtresse) déjà porté à l’écran par Richard Fleisher dans « The girl with the red velvet swing » avec Joan Collins.